L'environnement sécuritaire en Europe du Nord : les théâtres arctiques et baltiques face à la pression russe

06/11/2020

Entretien avec Kjell Engelbrekt, analyste géopolitique et professeur au Département Sécurité, Stratégie et Leadership de l'Université de Défense de Stockholm. K. Engelbrekt s'est particulièrement spécialisé dans l'étude des stratégies et des programmes de sécurité de l'OTAN, de l'Union européenne et de la Suède. Ses plus récents travaux se sont essentiellement concentrés sur l'Europe centrale et la région baltique.

Réalisé à Stockholm le 7 octobre 2020 par Louis Aubert, co-responsable de la Délégation Arctique et Antarctique à l'Institut d'Études de Géopolitique Appliquée et spécialiste géopolitique d'Europe du nord.

Comment citer cet entretien :

Kjell Engelbrekt, « L'environnement sécuritaire en Europe du Nord : les théâtres arctiques et baltiques face à la pression russe », Institut d'Études de Géopolitique Appliquée, Novembre 2020. URL : https://www.institut-ega.org/l/lenvironnement-securitaire-en-europe-du-nord-les-theatres-arctiques-et-baltiques-face-a-la-pression-russe/


Thomas Nilsen / The Independent Barents Observer
Thomas Nilsen / The Independent Barents Observer

Louis Aubert - L'annexion de la Crimée par la Russie a eu un impact retentissant en Europe, et particulièrement chez les pays Nordiques et baltiques. La résurgence de la menace sécuritaire russe a-t-elle amené un changement des doctrines militaires et stratégiques chez les différents pays de la région ?

Kjell Engelbrekt - Oui, absolument. Il s'agit d'une analyse classique face à un potentiel adversaire qui a d'une part les capacités militaires - et qui les démontre clairement - et d'autre part qui possède les moyens, les dispositions pour user de ces forces militaires afin d'atteindre des objectifs politiques, au détriment de ses voisins. C'est cette combinaison de facteurs qui inquiète tellement les pays de la région. Ici, l'asymétrie de capacités dicte l'évolution de la situation géostratégique. Par conséquent, les pays Nordiques et baltiques ont dû revoir leurs stratégies et leurs doctrines au cours de ces cinq dernières années. Ils se sont adaptés. 

L.A - Peut-on faire remonter ce changement à 2008 et à la guerre en Géorgie ? Ou est-ce vraiment l'annexion de la Crimée qui a déclenché cette prise de conscience ?

K.E - Je dirais que dans une certaine mesure, les dispositions et l'inclination de la Russie à user de forces militaires étaient déjà visibles en 2008, et quelques gouvernements et pays, comme la Finlande s'en sont alarmés. Ce fut moins le cas en Suède, car le pays est tout simplement plus distant de la Russie que ne peut l'être la Finlande. D'autant que durant la guerre en Géorgie, les capacités russes à mener des offensives à large échelle n'avaient pas été démontrées, comme ce fut le cas plus tard en Ukraine.

L.A - Nous avons, par exemple en France, souvent l'habitude de considérer les trois États baltes comme un même ensemble géographique, politique et culturel homogène. Ces trois pays ont-ils pourtant la même position concernant la Russie, tant d'un point de vue militaire que politique et culturel ?

K.E - Ces pays partagent certainement une expérience commune. Tout d'abord, ils furent occupés et intégrés à l'URSS pendant plus d'un demi-siècle. 

D'un point de vue stratégique, ils doivent aussi composer avec l'importante asymétrie militaire en leur défaveur, et qui marque profondément leurs relations avec le voisin russe. 

Cette asymétrie explique la vigilance constante de ces pays concernant les agissements de Moscou dans la région. Mais malgré ces points communs, il existe de nombreuses différences, en termes de capacités mais aussi de vulnérabilités. Par exemple, l'Estonie entretient un outil militaire efficace en termes de capacités, mais est aussi un pays dont les services publiques sont très bien organisés, ce qui, en temps de crise, est un avantage important. Aujourd'hui encore, l'Estonie serait sans doute le plus résilient des trois pays baltes en cas d'agression russe, y compris lors d'une invasion militaire importante, aboutissant à une occupation territoriale. Mais à part cela, il existe aussi d'autres menaces. L'Estonie a été victime d'une importante cyberattaque en 2005. Tous ces éléments ont contribué à façonner une société plus résiliente dans ces pays et plus à même de tenir face à une telle pression. La Lettonie comporte une importante population russophone, notamment dans la capitale Riga. Et il existe un certain nombre d'organisations russes profondément impliquées dans la vie commerciale du pays et plus généralement dans la société lettonne. On peut donc dire que la Lettonie a davantage de vulnérabilités et est plus exposée à l'influence russe. Mais si la forte présence d'une minorité russe représente là aussi un moyen d'influence russe dans le pays, elle peut également dissuader le Kremlin de considérer une pression de sharp power sur la Lettonie, puisque le relai russophone dans ce pays peut représenter un levier plus indirect mais tout aussi efficace au sein de la société lettonne. La situation lettonne est donc très différente.

Quant à la Lituanie, elle est sans doute l'acteur le plus antagoniste de la région vis-à-vis de la Russie depuis 2014. Selon moi, la Lituanie, plus que ses voisins, est réellement l'élément de nuisance dans la région aux yeux de Moscou. En effet, pour le Kremlin, la Lituanie a réellement tenté d'utiliser le levier européen afin de contenir la Russie et limiter ses capacités de projection de force au-delà de ses voisins. La position de la Lituanie vis-à-vis de la Biélorusse, qui est aujourd'hui en pleine crise politique, est révélatrice des objectifs de Vilnius. La Lituanie aide sous différentes formes l'opposition biélorusse, car il faut le rappeler, il existe de nombreuses raisons légitimes pour le pays de soutenir la résistance face à Loukachenko. Mais cela mène aussi la Lituanie à une confrontation directe avec les intérêts russe. Aujourd'hui, la Lituanie représente sans doute le principal antagoniste pour la Russie dans la région baltique. 

L.A - N'est-ce pas dangereux pour la Lituanie d'adopter une telle position ? Et d'ainsi provoquer Moscou ?

K.E - Cela dépend de votre point de vue. Si vous estimez que les grandes puissances ont le droit de projeter leurs forces sur le territoire d'États voisins moins puissants, et de limiter leur autonomie politique et éventuellement leur autonomie commerciale, le comportement de la Lituanie peut être perçu comme une provocation. Mais ce que fait la Lituanie, par exemple, répond davantage aux impératifs sécuritaires édictés par l'Union européenne après 1945, selon lesquels les petits pays européens doivent faire respecter dans leur environnement immédiat le même niveau d'autonomie politique que les grandes puissances. Nous observons typiquement ce genre de tensions aujourd'hui dans cette partie de l'Europe car la Russie retourne à une vision opportuniste de grande puissance - mais aux ambitions calquées sur celle du XIXème siècle - et selon laquelle la projection de puissance dans son environnement périphérique est nécessaire pour assurer ses buts impérialistes.

L.A - Nous vivons actuellement dans une époque d'incertitudes. L'ordre mondial est aujourd'hui défié, bien sûr, par la Chine, mais aussi par la Russie. Cette incertitude est aussi beaucoup liée aux résultats des élections américaines ainsi qu'à la position du président américain Donald Trump concernant la présence otanienne en Europe. Dans ce contexte, quelles garanties sécuritaires pourraient donner l'Union européenne ou certaines puissances européennes comme la France ou l'Allemagne à ces pays baltes et nordiques ? L'enclave de Kaliningrad et le détroit de Suwałki ne pourraient-ils pas également poser un défi stratégique pour ces pays ?

K.E - On peut débattre sur le réel niveau de risque qui pèse sur les pays baltes et en particulier la Lituanie. Mais aujourd'hui, la Russie est aussi exposée et fragilisée, à la fois économiquement et politiquement (opposition interne). Le gouvernement russe est pressé actuellement en de nombreux points. On peut donc estimer que dans le cas de la crise biélorusse, la Lituanie prend là un risque bien calculé. 

Il s'agit aussi pour la Lituanie, en soutenant, légitimement l'opposition biélorusse, de protéger ses intérêts sécuritaires en empêchant Moscou de regagner une pleine influence aux frontières de l'Europe. La Biélorusse serait, dans cette perspective, la première étape. 

L'influence russe se propagerait ensuite au sud-est de l'Ukraine, puis éventuellement de manière progressive jusqu'aux pays des Balkans. Il y a donc une bonne raison géopolitique pour ces pays d'adopter une telle politique et une telle attitude. Il faut se replacer dans un état d'esprit du XIXème siècle pour comprendre les perceptions géopolitiques de ces pays. L'aide lituanienne apportée à la Biélorusse pour assurer la stabilité politique et géopolitique dans cette région d'Europe apparaît comme complètement fondée et légitime. D'autant que l'aide lituanienne apportée à l'opposition biélorusse appuie avant tout non pas une demande d'une redéfinition des relations bilatérales entre Minsk et Moscou, mais un besoin criant d'élections démocratiques exprimé par le peuple biélorusse. Il ne s'agit que d'instaurer une plus grande transparence et démocratie dans le pays. Je pense qu'il est aussi important de maintenir cet ordre démocratique, qui est aussi la base de l'ordre sécuritaire européen.

On peut donc conclure qu'à la fois la démocratie et la stabilité sécuritaires sont en jeux aujourd'hui dans cette région de l'Europe. Et qu'elles sont ainsi inextricablement liées.

L.A - On peut penser que la pression sécuritaire russe est autant présente sur le flanc nord des pays Nordiques qu'elle ne l'est sur leur flanc oriental. Dans ce contexte, quelles postures adoptent les pays nordiques et baltiques ? Les pays Nordiques en particulier ne rencontrent-ils pas des difficultés à apporter une réponse sécuritaire commune, alors que ceux-ci ont des perceptions différentes de la dimension « nordique » de la sécurité régionale ?

K.E - C'est tout à fait juste. En ce qui concerne l'analyse de la situation géostratégique en Europe du Nord, la plupart des experts s'accordent pour dire que les besoins sécuritaires des pays baltes et nordiques tendent plus à s'éloigner qu'à s'aligner. Mais on retrouve cette logique y compris parmi les pays nordiques. Selon moi, la Norvège est un cas à part. Principalement en raison de son emplacement géographique, mais aussi parce qu'elle possède des opportunités économiques qui l'éloignent des autres pays nordiques, tout en connaissant des vulnérabilités vis-à-vis de la Russie dans le Grand Nord. De plus, la Norvège repose entièrement sur l'Alliance transatlantique pour s'assurer de sa sécurité militaire, et elle ne fait pas partie du système européen. Les danois sont fortement liés aux norvégiens grâce à l'OTAN. Mais les autres pays nordiques et baltes n'ont quant à eux pas d'intérêts dans le Grand Nord. Il s'agit en réalité davantage du développement d'un système d'interconnexions entre la région arctique et la région baltique. Nous nous intéressons de près à ces interconnexions entre ces deux théâtres, et il ne fait peu de doutes que celles-ci seront amenées à prendre davantage d'importance au cours de ces prochaines décennies. La Suède, en particulier, s'attache à mettre en lumière les liens et les similitudes entre l'Arctique et la mer Baltique, non seulement pour ses voisins nordiques et baltiques mais aussi pour les autres pays européens. Cette large vision balto-arctique engage aussi les acteurs britanniques et américains.

L.A - Bien que la Suède et la Finlande ainsi que les trois pays baltes n'aient pas de réels intérêts dans le Grand Nord, un rapprochement avec le Danemark et la Norvège ne pourrait-il pas pourvoir une nouvelle plateforme de coopération interrégionale entre ces différents pays et possiblement avec d'autres pays européens ? Cela pourrait-il aussi permettre à la Norvège de se défaire quelque peu de sa dépendance envers l'OTAN et davantage se tourner vers une coopération nordique, baltique et européenne ?

K.E - Je ne suis pas réellement un expert de la Norvège, mais je pense que cette dernière estime que le lien transatlantique est désormais plus fragile. 

L'État norvégien a diversifié ses programmes de coopération sécuritaire et de défense afin de moins reposer sur un unique partenariat bilatéral avec l'OTAN. La flexibilité est de plus en plus privilégiée à la rigidité de l'Alliance Atlantique. 

Cependant, la Norvège est confrontée à ses propres limites, n'étant pas membre de l'UE. L'Article 5 de l'OTAN [1] représente encore aujourd'hui la principale garantie sécuritaire du pays. La seule alternative pour la Norvège serait un important développement des capacités militaires et de défense de l'Europe otanienne, qui dès lors pourrait se présenter comme une entité suffisamment crédible et autonome pour qu'Oslo initie un rapprochement significatif avec celle-ci. Or, il faut donner le temps aux capacité de défense européennes de se développer. Cela peut prendre jusqu'à 20 ans voire plus. Mais les dirigeants et les impératifs sécuritaires actuels peuvent-il s'accommoder d'un temps aussi long ? Rien n'est moins sûr. C'est un aspect qui a été négligé pendant des décennies et l'Union européenne a trop tardé à ce sujet. Nous payons aujourd'hui ces errements. Le simple remplacement des officiers à la retraite par une nouvelle génération compétente prend à lui seul déjà dix ans. Par conséquent nous reposons, et reposerons encore longtemps, massivement sur les États-Unis et l'OTAN. Cela vaut aussi pour la Suède et la Finlande, qui ne sont pourtant pas membres de l'OTAN. Ce que les pays européens et nordiques peuvent en revanche accomplir, c'est une anticipation du retrait américain, afin de préparer les capacités de défense européenne à combler l'absence de l'appareil militaire américain. Mais, encore une fois, cela prendra beaucoup de temps.

L.A - Face à une telle perspective, ne serait-ce pas judicieux de développer les programmes de coopération sécuritaires régionaux, y compris entre pays membres d'organisation différentes, comme entre la Norvège et la Suède ?

K.E - Bien sûr, mais cela peut prendre du temps, et les élections américaines de novembre 2020 auront un impact considérable sur l'évolution de la politique de coopération européenne en matière de défense. Nous saurons alors si la menace telle qu'énoncée par Trump de retirer les États-Unis de l'OTAN risque de se réaliser ces prochaines années. Biden est différent, et j'ai eu l'occasion de travailler pour lui il y a une vingtaine d'années. Il est fortement impliqué dans les dossiers diplomatiques et connaît bien les mécanismes transatlantiques et surtout le point de vue européen. 

Si Biden est élu, il est fort probable que nous assisterons à un « reset » de la solidarité transatlantique, au moins concernant ses valeurs et ses principes. Toutefois, les États-Unis vont confirmer leur pivot vers l'Asie Pacifique. 

J'espère malgré tout que les américains se retireront progressivement de l'Europe et que les pays européens prendront leurs responsabilités pour compenser ce départ et assumer à leur tour le leadership du système de défense et de dissuasion européen. Ce dernier, pour être efficace, devra à mon sens être centré autour des plus grandes puissances européennes, comme l'Allemagne et la France, afin de réunir une cohésion militaire et des capacités sophistiquées. Un conseiller militaire suédois à Bruxelles a récemment fait part de l'atmosphère qui règne dans les cercles européens de la Défense : celui d'un nouveau momentum, où de nouvelles forces semblent être prêtes à investir dans la sécurité européenne. Mais encore une fois, cela nécessitera au minimum une vingtaine d'années.

L.A - Pourtant, certains experts, principalement d'Europe du Nord, comme M. Christiansson, estiment que donner le leadership en matière de défense à la France et à l'Allemagne peut sérieusement fragiliser la viabilité du Programme de Défense Européen en cas de retrait américain en Europe. Paris comme Berlin ne possèderaient alors pas d'outils coercitifs et de dissuasion pour prémunir l'Europe d'une ingérence, voire d'une offensive russe. Sans les États-Unis, les capacités européenne pour contrer la Russie ne seraient-elles pas largement insuffisantes ?

K.E - Exact, mais vous parlez là de capacités actuelles. C'est pourquoi il est important de rappeler que la maturation de ces capacités se déroule sur le temps long. De plus, il ne faut pas trop romantiser le lien transatlantique, car le risque que les États-Unis n'apportent pas leur soutien militaire en cas d'attaque réelle en Europe a toujours existé. Mais je pense pour ma part qu'il est plus probable que l'Allemagne, par exemple, soutienne la Suède et les pays nordiques en cas d'offensive dans la région baltique, tandis que la France marquerait davantage sa présence navale dans les eaux norvégiennes. Cela serait moins provocateur vis-à-vis de la Russie, ce qui permettrait aux deux pays de reprendre leurs relations énergétiques fructueuses, garanties par les importants investissements de Total en Russie. La France pourvoirait alors une force de dissuasion plus atténuée que celles des américains et des britanniques, mais cela pourrait tout aussi bien être efficace, car moins provocateur. Il faut aussi garder en tête que nous parlons là de scénarios se déroulant d'ici 20, 30 ans. Or M. Poutine ne sera alors plus président. Un autre pouvoir exécutif sera en place, ce qui aura un impact considérable sur la politique sécuritaire européenne et sur les relations entre l'Europe et la Russie. La difficulté du dialogue avec la Russie sera toujours présente mais prendra davantage une tournure politique que sécuritaire. 

L.A - Le nouveau discours de certains pays nordiques, comme la Suède et la Finlande, habituellement plus enclins à montrer une certaine retenue vis-à-vis de Moscou, dénonce désormais la politique étrangère russe. Le revirement de ces pays s'est accompagné par des mesures concrètes, notamment avec une nouvelle doctrine militaire (un retour à la défense territoriale, une remilitarisation de l'île de Gotland, la restauration du programme de Total Defense [2]). Néanmoins les effets de cette nouvelles politique semblent ne devoir s'appliquer que dans la région baltique. Or la Finlande comme la Suède sont aussi, à plusieurs égards, des pays arctiques. Quelles sont alors les positions de ces pays en Arctique et comment se placent-ils dans le système multilatéral des relations régionales ?

K.E - Les pays nordiques ont des intérêts divergents concernant le Grand Nord et l'Arctique. Comme je l'ai dit, je pense que la Norvège est à l'écart dans le Grand Nord, tandis que la Suède et la Finlande recherchent avant tout une stabilité géopolitique et sécuritaire. Ces derniers cherchent en premier lieu à rétablir sur le court et moyen terme l'équilibre nordique (Nordic Balance) existant durant la guerre froide. La Norvège, l'Islande et le Danemark étaient alors engagés auprès de l'OTAN, sans autoriser pour autant l'installation et le dépôt d'armes nucléaires sur leur sol. Il existait du côté de la Finlande un pacte avec l'URSS tandis que la Suède conservait une ligne neutre et de non-alignement (malgré la préparation de plans d'aide en cas d'attaque de la part de l'URSS). La position des pays baltes a drastiquement changée après 2014. Avant l'annexion de la Crimée, les États baltes ne disposaient d'aucun programme d'équipement militaire non plus que de la présence de troupes de l'Alliance Atlantique sur leur territoire, et même aucun programme de défense. Tout a changé après l'intervention de la Russie en Ukraine. 

Les capacités et la volonté exprimées par le Kremlin de mobiliser et d'user de ses forces militaires ont fait prendre conscience aux trois pays baltes de la vulnérabilité de leur position.

Cette asymétrie dans les rapports de force militaires a aussi alerté les cercles du pouvoir suédois et finlandais. Au cœur de l'ensemble nordique se trouve deux pays que l'on pourrait qualifier de « malléables », et qui pourraient adhérer à l'OTAN en cas d'attaque. Ils n'en ressentent néanmoins pas le besoin pour le moment, la menace russe à leur encontre n'ayant pas encore atteint un seuil hautement alarmant. Il s'agit surtout d'une mise en garde contre la Russie pour prévenir toute velléité belliciste de Moscou dans la région et ainsi garantir l'intégrité territoriale du pays en même temps que la stabilité sécuritaire de la région. Il en résulte également un sentiment d'incertitude pour les décideurs russes puisque Stockholm et les pays nordiques et baltes suivent une ligne de solidarité qui suit, ou dépasse dans certains cas, celle instituée par le cadre otanien. En agressant l'un de ces pays, la Russie se verrait exposée à une réaction rapide des autres pays, qu'ils soient membres de l'OTAN ou non. C'est la doctrine Holmqvist. En plus de cela, il existe des accords bilatéraux avec le Royaume-Uni et les États mais dont le cadre reste un peu flou. Je pense que ces derniers ont davantage une portée symbolique, comme celui liant la Suède à l'Allemagne. La Suède est aujourd'hui dans une position d'attente et d'observation. Depuis la crise biélorusse, la situation en mer Baltique s'est tendue et on peut observer une multiplication des patrouilles suédoises de surveillance dans la région depuis quelques mois. La Suède s'efforce toutefois de conserver une position en retrait, bien que vigilante, consciente qu'une implication dans les affaires biélorusses ou un renforcement de ses opérations militaires dans la région ne ferait que faire le jeu de Moscou. Ce denier chercherait à attiser les tensions en multipliant les provocations, notamment autour de points stratégiques, comme le passage de Suwałki. La Suède maintient toutefois un niveau d'alerte militaire élevé, bien que la majeure partie de la population suédoise l'ignore.

L.A - La Suède et la Finlande sont tous deux membres de l'Union européenne et du Conseil Arctique. Ces pays ont-ils les moyens et l'ambition de devenir des acteurs importants d'une véritable politique arctique européenne, si celle-ci voyait le jour ?

K.E - La principale inquiétude des norvégiens notamment est l'absence d'une réelle plateforme où puissent être traités les problèmes sécuritaires et intégrant l'ensemble des acteurs régionaux nordiques. Les suédois sont quant à eux plus prudents, et préfèrent que les sujets de défense et de sécurité demeurent ignorés au sein du Conseil Arctique. La Suède préfèrerait établir une autre plateforme qui serait exclusivement dédiée à ces questions. 

Selon moi la position de la Suède par rapport au Conseil Arctique ne changera pas au cours de ces prochaines années, étant donné que le Conseil Arctique demeure un des derniers espaces de rencontre avec la Russie. Or Stockholm tient à conserver un dialogue avec Moscou. 

D'autant que la Russie reste isolée au sein de cette structure, adoptant par conséquent une posture plus pragmatique, et donc plus propice au dialogue. Il faut aussi se souvenir qu'il existait avant la crise de 2014 beaucoup de contacts entre la Russie et les pays nordiques, et notamment la Suède (experts et spécialistes, avec des interactions dans les régions de Barents et de Mourmansk). La Suède souhaite rétablir les conditions politiques nécessaires au rétablissement de ces contacts avec la Russie. C'est pour cela que la Suède, tout comme la Finlande, préfèrent préserver le Conseil Arctique comme un outil indispensable pour faire perdurer le dialogue avec la Russie et ainsi conserver une politique de main tendue avec un voisin de plus en plus ombrageux. Un élément perturbateur et subversif demeure cependant, à savoir la présence de la Chine au rang d'observateur au sein du Conseil Arctique. Malgré ce statut, la Chine nourrit d'importantes ambitions en Arctique. Certains pays nordiques estiment que l'arrivée de la Chine pourrait contraindre la Russie à agir avec plus de retenue en Arctique. Je ne partage, personnellement, pas ce point de vue. Cela pourrait avoir précisément l'effet inverse. Dans tous les cas, rien ne peut réellement se passer sans l'accord des États-Unis.

L.A - Certains valorisent le Conseil Arctique pour développer le dialogue avec la Russie, mettant en avant que, contrairement à ce qu'il peut être dit, la Russie n'adopte en Arctique non pas une attitude agressive mais plus défensive. Mais qu'adviendra-t-il si s'opère un rapprochement stratégique significatif entre Pékin et Moscou en Arctique ? Ou au contraire l'arrivée d'une puissance concurrente chinoise dans le Grand Nord peut-elle représenter une menace pour la Russie ?

K.E - Oui à certains égards, cela peut compliquer les choses pour la Russie. Un point important est que l'Arctique reste avant tout une structure régionale, réservée aux pays arctiques. Même les américains ont davantage une posture d'observateur, avant tout soucieux de circoncire l'influence et l'ambition russe en Arctique, tout en ayant conscience qu'ils ne possèdent que peu, pour ne pas dire aucun, moyen d'intervenir contre le développement infrastructurel et militaire mené par Moscou sur son territoire arctique. Le cas des détroits russes est représentatif, car ces derniers sont situés dans les eaux territoriales russes où la souveraineté de la Russie est acquise, contrairement à d'autres théâtres arctiques, comme le Svalbard norvégien. Mais la perspective d'un passage du Nord-Est où s'exercerait sans partage la domination russe tant en termes de contrôle militaire qu'en capacités de navigation et d'exploitation commerciale et économique est à nuancer. En effet, un certain nombres d'années - peut-être 25 - sera nécessaire pour que la Russie développe de manière optimale ses capacités de navigation maritime arctique, et ce même si la fonte des glaces s'accélère. Pour l'heure, emprunter le passage du Nord-Est n'est pas encore rentable d'un point de vu économique, en raison des coûts que cela implique en termes de logistique et de matériel spécialisé (sans compter l'escorte par des brise-glaces russes). La location de navires aux capacités de navigation en environnement arctique, généralement très lourds, est encore très chère. Au regard des quelques mois dans l'année où l'absence de glace rend les eaux arctiques ouvertes à la navigation, l'usage du passage du Nord-Est reste encore trop peu rentable d'un point de vue économique. 

Je pense donc que Vladimir Poutine est en train de construire une sorte de vision russe de l'Arctique, qui deviendrait le principal pilier stratégique de tout l'édifice du pouvoir russe. 

Le Kremlin développe donc ce territoire à des fins d'exploitation économique et commerciale. Mais il faudra de nombreuses années avant que cette vision ne puisse s'accomplir. Cette stratégie comporte néanmoins de nombreuses failles. Si l'expansion pétrolière et gazière, comme avec le complexe gazier de Yamal, démontre la viabilité économique de ces projets, elle ne sera toutefois pas en mesure de changer rapidement l'économie russe. 

L.A - Certains décrivent Poutine comme un dirigeant pragmatique, n'ayant pas de grandes stratégies et de vision sur le long terme, et saisissant les opportunités quand elles se présentent à lui. Mais cette ambition russe en Arctique ne démontre-t-elle pas le contraire ?

K.E - Oui, peut-être que Poutine suit de plus en plus une vision sur le long terme, mais je n'en suis pas convaincu. De plus, il lui faudra rebâtir l'économie russe sur des bases beaucoup plus solides en l'espace de 25 ans. Et force est de constater que depuis son arrivée au pouvoir, une grande partie du potentiel est parti à l'étranger, ce qui fragilise beaucoup le pays. Le bilan de Poutine sera aussi jugé sur cela. A mon sens, il gâche les possibilités russes d'un progrès et d'un redressement économique, en s'attachant trop à développer le secteur hydrocarbure. Cela dément une vision long-termiste qu'aurait le président russe. Certes une telle vision concernerait l'Arctique, mais bien au-delà, par exemple en développant le commerce et un certain nombres d'autres industries.

L.A - Nous devons aussi prendre en compte la transition énergétique amorcée depuis quelques années maintenant, principalement en Europe. Cette transition énergétique sera peut-être effective d'ici 25, 30 ans. Le retard de la Russie en la matière n'est-il pas dangereux pour les intérêts économiques et politiques du pays ?

K.E - Tout à fait. La Russie, en effet, est extrêmement en retard. Il faut signaler que sous beaucoup d'aspects, c'est une opération criminelle organisée. Il s'agit d'un État maffieux, plus qu'aucun autre État industriel dans le monde. Tant que ce système perdurera en Russie, cette dernière ne pourra s'affirmer comme une réelle grande puissance. Le problème est que le gouvernement russe a principalement investi ses immenses ressources dans l'appareil de dissuasion et dans son secteur militaire, alors qu'elles auraient pu être investies dans un très grand nombre d'industries différentes. Cela fragilise grandement la projection russe de grande puissance sur le long terme.

L.A - La France a semblé porter il y'a quelques temps certaines ambitions arctiques, qui se sont maintenant évanouies. Cependant, le dialogue entre la France et les pays nordiques est-il actif, plus précisément concernant les sujets arctiques ? Existe-il une possibilité de développer un programme arctique européen performant ?

K.E - Ce que l'on peut dire, c'est que parmi tous les différents documents officiels présentant la stratégie suédoise en Arctique, le seul pays à être mentionné est l'Allemagne. L'action de cette dernière concernerait, bien entendu, la région baltique en premier lieu. Mais les documents suédois avancent également l'idée de porter son rayon d'action jusqu'au littoral norvégien, sous la forme de patrouilles de surveillance. Je pense que cela est tout à fait logique pour l'Allemagne d'être engagée en mer Baltique, étant donné son histoire et sa proximité géographique. Mais je perçois également une opportunité pour la France de s'engager davantage aux côtés de la Norvège. 

Mais je sais aussi que la France privilégiera toujours un engagement sur le théâtre méditerranéen et nord-africain, ce qui réduira sensiblement la marge de manœuvre dans son implication ailleurs dans le monde, et notamment dans les régions arctiques. 

De plus, l'environnement marin de la mer Baltique ne se prête pas à la présence et la navigation d'une flotte de guerre classique (eau très peu profonde). Seule l'Allemagne, qui possède des ports en mer Baltique peut légitimement maintenir une présence militaire dans ces eaux, essentiellement avec des patrouilles de surveillance et de contrôle. La France aurait, elle, une meilleure expertise et de meilleures capacités pour patrouiller et opérer en mer du Nord et en mer de Norvège. Le GIUK (espace dans l'Atlantique nord situé entre le Groenland, l'Islande et le Royaume-Uni) pourrait également servir d'un nouveau cadre pour initier une nouvelle forme de coopération entre les deux membres importants de l'OTAN que sont la France et le Royaume-Uni, notamment face à la montée de la pression sécuritaire exercée par la Russie. 

La Suède quant à elle espère approfondir ses relations et ses programmes de coopération avec le Royaume-Uni ces prochaines années. Il existe notamment le Groupe Nordique, au sein duquel est présent le Royaume-Uni. Mais dans le même temps le budget militaire de Londres baisse de manière importante depuis quelques années déjà. Nous n'attendons donc pas une forte présence britannique en Europe du Nord ces prochaines années. Il est fort probable que Londres privilégiera un engagement auprès du Danemark, et dans une moindre mesure la Norvège, sans compter un engagement naturel plus général en Atlantique nord. Globalement, et malgré des tensions revivifiées avec Moscou, les coupes budgétaires dans le budget britannique de la Défense ainsi que la question écossaise, très sensible, limitent la possibilité d'un accroissement de l'implication de Londres en Europe du Nord. 

L.A - La Norvège a dû faire face au retour de la menace russe. Malgré un accord en 2010 entre les deux pays, portant sur une nouvelle délimitation territoriale dans la mer de Barents, l'annexion de la Crimée et les importants exercices militaires menés par la Russie dans la région arctique, ainsi que les récentes activités de hacking et de disruption cybernétique contre la Norvège, ont réveillé les peurs concernant une politique russe plus intrusive encore dans la région. Néanmoins, la pression sécuritaire y est-elle la même qu'en région baltique ?

K.E - Oui, on peut comparer les deux situations sur de nombreux points, mais les pays baltes partagent une histoire commune, celle de l'occupation par la Russie puis par l'URSS. La Norvège, a, elle, une longue culture politique de coopération régionale avec la Russie. Mourmansk, pourtant une des ou si ce n'est la base militaire la plus importante de Russie, a ainsi accueilli un certain nombres d'experts norvégiens venus pour apporter leur expertise sur de nombreux sujets (environnementaux, commerciaux). Les tensions entre la Norvège et la Russie n'ont commencé à apparaître qu'au milieu des années 1990, avant de prendre une toute autre dimension depuis la crise ukrainienne de 2014. Selon moi, si la Russie mettait fin à ses actes de provocation et à ses intrusions répétées dans les espaces aériens et maritimes norvégiens, rien n'empêcherait réellement le retour de relations apaisées entre les deux pays. La position et les objectifs russes dans le Grand Nord et dans l'environnement norvégien immédiat restent, de plus, flous : les actions de la Russie peuvent tout aussi bien être menées directement contre la Norvège, ou dans le but de fragiliser indirectement l'OTAN et les États-Unis. Une pression sécuritaire constante sur le flanc nord de l'Alliance Atlantique obligerait l'OTAN à mobiliser et disperser des forces qui auraient été plus utiles ailleurs. En outre, il ne s'agit pas pour la Russie de réellement atteindre des buts stratégiques dans la région arctique, mais de démontrer à Washington ses capacités et ses dispositions à y parvenir. Avec la multiplication des incidents avec les forces russes ces dernières années, le commandement militaire naval norvégien s'alarme d'un risque d'escalade. 

Beaucoup de choses se passent actuellement en Europe du Nord, et la plupart des regards se tournent - à juste titre - sur la situation dans les pays baltes. Mais il ne faut pas occulter ce qui se déroule actuellement en Norvège, qui est tout aussi important et qui, à mon sens, devrait alerter sur un réel risque d'escalade dans la région d'Europe du Nord. 

L'évolution de la situation entre la Russie et un pays pacifiste, sans passifs de litiges avec la Russie, comme l'est la Norvège, peut donner un clair aperçu des intentions russes en Europe du Nord. La montée des tensions avec Oslo s'explique alors essentiellement par une ambition stratégique dictée avant tout par une asymétrie militaire, permettant à Moscou de marquer davantage sa présence. Cela peut s'avérer alarmant et présager de la mise en œuvre d'une pensée stratégique uniquement basée sur l'analyse opportuniste de rapports de force circonstanciés avec les acteurs des régions nordiques et baltiques. Les pays riverains prennent maintenant conscience de ce risque et du besoin d'une réponse commune pour y faire face. Ce sentiment d'urgence est renforcé par l'éventualité d'un désengagement américain dans cette région, et plus globalement en Europe. 

L.A - Existe-t-il en Norvège comme c'est le cas en Suède un système de « total defense » engageant l'ensemble de la société civile pour faire face à une attaque et préserver le bon fonctionnement des institutions du pays en cas de guerre hybride, à laquelle la Russie est habituée ?

K.E - Aujourd'hui, tous les pays nordiques connaissent ce genre de menace. Il faut aussi dire que l'histoire de chaque pays compte beaucoup dans la perception de la menace. Par exemple, le Danemark, tout comme la Norvège ont été occupés pendant la Seconde Guerre mondiale. La Suède, au contraire, n'a plus été occupée depuis près de 500 ans. Une tentative d'invasion provoquerait une résistance acharnée de la part de l'ensemble de la population suédoise. Le sens d'autonomie politique est extrêmement important chez les pays nordiques, mais sans doute plus encore en Suède. Quant aux finlandais, ils comprennent mieux que quiconque l'esprit et la mentalité russe, y compris lorsqu'il s'agit de géopolitique. Les échanges et les interactions entre les deux pays sont nombreux. La menace permanente du géant russe les a incités à asseoir une position plus flexible vis-à-vis de Moscou afin de mieux s'accommoder de sa politique parfois étouffante pour les intérêts et l'autonomie finlandaise. De plus, la Finlande dispose aussi d'une longue expérience militaire, bien qu'évidemment ses capacités soient loin d'égaler celles russes. La Guerre d'Hiver contre l'Armée Rouge a aussi fortement marqué les esprits aussi bien finlandais que russes, et a permis d'instiller au sein de la population et de la classe politique une certaine confiance quand il s'agit de traiter avec la Russie [3]. Aujourd'hui, la coopération entre la Suède et la Finlande est à un stade avancé. J'ai moi-même contribué à établir le cadre de base pour une telle coopération entre les deux pays. Actuellement la Suède comme la Finlande ont la capacité de disposer des troupes nationales sur le territoire de son allié. Cette entente finno-suédoise est renforcée par le lien historique et culturel qui unit les deux pays. Il y a un réel potentiel de dissuasion militaire en termes de forces armées conventionnelles, tant les appareils militaires des deux pays bénéficient d'importantes capacités d'interopérabilité, dues à la présence d'un matériel militaire identique mais surtout d'une pensée stratégique similaire. Malgré tout, la Suède et la Finlande seront toujours exposées au risque nucléaire, et par conséquent l'aide otanienne ou directement américaine sera encore nécessaire. Les partisans d'une adhésion à l'OTAN appuient sur cette faiblesse pour convaincre les dirigeants suédois et finlandais de rejoindre l'OTAN. Le refus de la Suède et de la Finlande d'adhérer à l'OTAN leur procure cependant un avantage stratégique sur la Russie, puisqu'elle leur accorde une marge de manœuvre appréciable. Cela fragilise les visées russes en apportant un caractère flou, ambiguë et imprévisible sur la réaction de ces pays en cas d'attaque depuis l'est. Cependant cela vaut sur le court terme. L'adhésion de ces deux pays à l'OTAN leur permettrait de présenter une force de dissuasion assez efficace pour empêcher une aventure militaire russe en Suède et en Finlande. Le scénario le plus réaliste reste toutefois une invasion des pays baltes, plus isolés, et destinée à fragiliser, voire briser tout plan d'intervention de l'OTAN. Cela démontrerait l'inefficacité de l'Article 5 de l'OTAN et porterait un coup fatal à la cohésion de l'Alliance Atlantique en Europe. Dans ce scénario, la Finlande et la Suède devront tenir assez longtemps pour permettre aux alliés de les secourir.


[1] Cet article introduit les principes de défense collective et de solidarité systématique entre pays alliés si l'un deux se trouve attaqué.

[2] Préparation à la mobilisation de l'ensemble de la population et de la société suédoise en cas de crise et de guerre afin de maintenir le fonctionnement du pays et notamment de ses organismes et de ses institutions les plus vitales. Cette politique fut abandonnée à la fin de la guerre froide.

[3] Le 30 novembre 1939, Staline lance une invasion sur la Finlande. Certain d'une victoire rapide, ce ne seront néanmoins pas moins de 130 000 soldats soviétiques qui mourront au cours de conflit où le froid extrême, les qualités de guérilla et la connaissance du terrain des soldats finlandais permettront à l'armée de tenir le front pendant plus de trois mois et de mettre ainsi en échec, temporairement, l'Armée Rouge.