La Syrie de la guerre civile à la destitution de Bachar al-Assad : quelles conséquences géopolitiques ?

18/09/2026

Cette étude est rédigée par le département Afrique du Nord, Proche et Moyen-Orient de l'Institut d'études de géopolitique appliquée.

Résumé exécutif

Fin 2024, une nouvelle donne géopolitique s'impose en Syrie. Dans la nuit du 7 au 8 décembre, une coalition de groupes islamistes rebelles s'empare de plusieurs villes syriennes, dont Damas, et chasse du pouvoir le dictateur Bachar al-Assad, qui dirigeait le pays depuis vingt-quatre ans. Ce sont au total près de cinquante-quatre ans de dynastie Assad qui s'effondrent, puisque le père de Bachar, Hafez al-Assad, avait pris le pouvoir dès novembre 1970.

Après plus de treize années de conflit dans le sillage des Printemps arabes de 2011, la Syrie arbore désormais un nouveau visage. À sa tête se trouve un homme, Ahmed al-Charaa, longtemps connu sous le nom de guerre d'« Abou Mohammed al-Jolani ». Fondateur puis dirigeant du Front al-Nosra, lié à Al-Qaïda, avant de s'en affranchir, il a ensuite pris la tête du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTC), rompant ainsi avec le djihadisme global. Il est le nouvel homme fort de la Syrie et a pour ambition de créer un État unifié et centralisé. Il mène d'importantes offensives militaires visant à réduire l'autonomie de certaines factions, notamment kurdes, dès le début d'année 2026.

Le renversement du pouvoir Assad marque un tournant majeur dans l'équilibre des forces régionales. Un nouveau Moyen-Orient se dessine progressivement sur les décombres du régime déchu, dont le chef s'est réfugié en Russie. Peu d'observateurs avaient anticipé cette chute et moins encore sa rapidité. L'affaiblissement de « l'axe de la résistance », fragilisé depuis plusieurs années par ses affrontements successifs avec Israël, a joué un rôle déterminant dans l'effondrement du régime syrien. La guerre menée par la Russie en Ukraine a par ailleurs permis à Ahmed al-Charaa de saisir une fenêtre stratégique pour agir, alors que les deux principaux parrains de Damas, l'Iran et la Russie, se trouvaient eux-mêmes considérablement affaiblis par leurs conflits respectifs.

Le territoire syrien demeure néanmoins profondément fragilisé et fragmenté. Il concentre en son sein une pluralité d'acteurs étatiques et non étatiques qui continuent de s'y disputer le pouvoir et le contrôle du terrain.

Les défis à surmonter pour parvenir à la sécurité, à la stabilité et à l'union nationale sont considérables. Les délégations internationales se pressent certes pour rencontrer le nouveau maître de Damas, mais le processus de reconstruction et de réconciliation s'annonce d'une grande complexité. Après tant d'années de guerre, la Syrie reste divisée, fragmentée et profondément meurtrie.

Pour saisir les enjeux actuels, il faut remonter à 2011, lorsque les Printemps arabes embrasent plusieurs pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. En Syrie, des revendications d'abord pacifiques prennent très vite la forme d'un conflit confessionnel avant de s'internationaliser.

Chiffres clés du conflit syrien

  • Plus de treize années de guerre civile, de mars 2011 à décembre 2024.
  • Plus de 500 000 morts recensés par l'Observatoire syrien des droits de l'homme depuis 2011.
  • 6,7 millions de déplacés internes et 5,5 millions de réfugiés à l'étranger selon l'ONU.
  • Cinquante-quatre ans de pouvoir de la dynastie Assad, de 1970 à 2024.
  • 216 milliards de dollars : coût estimé de la reconstruction du pays selon la Banque mondiale (octobre 2025).
  • Un produit intérieur brut passé de 67,5 milliards de dollars en 2011 à environ 21,4 milliards en 2024.

Table des matières

Partie 1 - L'avènement des Printemps arabes : de la guerre civile à l'extension régionale du conflit

Le début de la guerre civile en Syrie et ses répercussions

L'internationalisation du conflit

L'implantation de l'État Islamique et d'Al-Qaïda sur le territoire syrien

Des conquêtes aux défaites : la fin du proto-État

Partie 2 - La Syrie, théâtre de guerres par procuration

La base arrière du Hezbollah libanais et de l'Iran

Le Kurdistan syrien : menaces de déstabilisation de la Turquie et des groupes terroristes 

L'affrontement entre Téhéran et Riyad

Partie 3 - De la réhabilitation de Bachar al-Assad dans la Ligue arabe à sa destitution

Le retour de Bachar al-Assad sur la scène diplomatique

Le renversement et la prise de pouvoir par une coalition de groupes rebelles

Les enjeux sécuritaires, politiques, sociaux et économiques en Syrie

Partie 4 - Les gagnants et perdants de la chute du régime de Bachard al-Assad

L'Arabie saoudite et la Turquie, une situation à leur profit 

La perte stratégique pour la Russie et l'Iran

Les incertitudes quant à l'avenir du Moyen-Orient 



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