Les Houthis : de la rébellion yéménite à la puissance de déstabilisation régionale

15/10/2026

Par Manon Negrus, directrice du département Afrique du Nord, Proche-Orient et Moyen-Orient de l'Institut d'études de géopolitique appliquée.

Introduction

À l'extrémité sud-ouest de la péninsule Arabique, le Yémen occupe une position stratégique. Le détroit de Bab el-Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d'Aden et commande l'accès au canal de Suez depuis l'océan Indien, place le pays à l'intersection des grandes routes maritimes internationales. Depuis leur prise de Sanaa en 2014, les Houthis (Ansar Allah) ont transformé cette position géographique en levier de puissance. Leurs opérations contre le trafic maritime depuis octobre 2023, puis leur engagement dans la guerre régionale en 2026, ont démontré qu'un mouvement armé implanté dans un État fragmenté pouvait peser directement sur la sécurité des échanges mondiaux.

Cette trajectoire ne saurait toutefois se réduire à l'extension de l'influence iranienne. Issus d'une mobilisation religieuse et politique dans la province septentrionale de Saada, les Houthis se sont développés sur le terreau des fractures historiques du Yémen, de l'affaiblissement de l'État central et des échecs successifs des interventions militaires menées contre eux. Le soutien de Téhéran et du Hezbollah a renforcé leurs capacités, notamment dans le domaine des missiles et des drones, sans compromettre leurs intérêts propres ni leur marge de décision. Cette autonomie relative explique leur capacité à articuler des objectifs intérieurs, la consolidation de leur pouvoir territorial et des opérations de portée régionale.

Les offensives engagées en septembre 2026 sur la côte de la mer Rouge, suivies d'une contre-offensive des forces soutenant le gouvernement yéménite au début du mois d'octobre 2026, ouvrent une nouvelle phase du conflit. La bataille pour Mokha, Dhubab et l'île de Perim concentre des enjeux qui dépassent la lutte pour le contrôle du territoire yéménite : la liberté de navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, la sécurité de l'Arabie saoudite et la capacité des acteurs régionaux à exercer une pression sur leurs adversaires en exploitant les vulnérabilités des routes énergétiques et commerciales.

L'analyse des Houthis suppose ainsi de tenir ensemble trois dimensions :

  • les fractures historiques qui ont permis leur émergence,
  • les ressorts d'une puissance militaire consolidée avec l'appui iranien,
  • et les conséquences de leur stratégie sur les équilibres du Moyen-Orient.

Les points clés

  • Le Yémen contrôle la rive orientale du détroit de Bab el-Mandeb, par lequel transite environ 12 % du commerce mondial. Cette position fait de lui un enjeu qui dépasse ses frontières.
  • Le pays reste marqué par une double fracture entre le Nord, longtemps dominé par le zaydisme, et le Sud, majoritairement sunnite et socialiste jusqu'en 1990. L'unification de 1990 n'a pas résolu cette opposition.
  • Les Houthis naissent d'une dynamique locale, dans la province de Saada. L'appui de l'Iran a accéléré leur montée en puissance, mais ils conservent une autonomie réelle.
  • Depuis octobre 2023, ils sont devenus un acteur de la sécurité mondiale, par leurs attaques en mer Rouge puis par leur entrée dans la guerre de l'Iran en mars 2026.
  • En septembre 2026, leur offensive sur la côte de la mer Rouge et leurs tirs contre l'Arabie saoudite ouvrent une nouvelle phase. Début octobre, la coalition et le gouvernement reconnu lancent une contre-offensive dont l'issue reste incertaine.


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