La nouvelle relation stratégique entre l’Union européenne et le Royaume-Uni

27/12/2020

Par Alexandre Negrus, Président et fondateur de l'Institut d'Études de Géopolitique Appliquée


OLIVIER HOSLET / AFP
OLIVIER HOSLET / AFP

« Le Royaume-Uni a choisi de quitter l'Union européenne et le marché unique. De renoncer aux droits et avantages d'un État membre. Notre accord ne réplique par ces droits et avantages. Il fonde un nouveau partenariat que nous voulons juste et équitable ». C'est par ces termes que Michel Barnier, chef de la négociation avec le Royaume-Uni de la Commission européenne, s'est exprimé le 24 décembre 2020.

La nouvelle relation entre l'Union européenne et le Royaume-Uni sera-t-elle juste et équitable ?

Après d'exubérantes négociations, les deux parties ont conclu un accord visant à organiser une nouvelle relation. Le divorce est désormais consommé.

Être membre de l'Union européenne confère des droits et des obligations. Les Britanniques ont décidé de faire fi des avantages et devoirs de cette organisation intégrée unique au monde.

À titre liminaire, nous conviendrons objectivement que Michel Barnier a été un atout majeur pour ces négociations. Son abnégation et son humilité face à cette incommensurable tâche ont permis aux 27 de maintenir leur unité dans le but de parvenir à un accord qui préserve les intérêts de l'Union. En sus, cet accord permet semble-t-il d'envisager une relation apaisée avec le voisin britannique.

Chacun admettra que cette nouvelle relation, si elle pourra faire l'objet de dissidences, demeurera apaisée afin d'assouvir les intérêts économiques et stratégiques de chaque partie. Les Britanniques ont une marge de manœuvre assez faible tant l'impact économique d'une mauvaise coopération serait une catastrophe pour le pays. En ce sens, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont entamé une relation de négociations permanentes qui durera plusieurs décennies, à l'instar de la relation avec la Suisse. À l'échelle globale, c'est-à-dire au niveau international, l'Union européenne et le Royaume-Uni auront à défendre des intérêts stratégiques communs et des valeurs partagées.

Au-delà d'être une victoire personnelle et politique pour les négociateurs, cet accord porte un coup supplémentaire aux chantres de la division européenne, qui affirmaient avec force (et conviction ?) à base d'éléments de langage recyclés que Londres bénéficierait de prétendues divisions au sein de l'Union. Grand mal leur a pris de tenter une analyse aussi simpliste qu'ignorante des réalités politiques au sein de l'espace européen.

L'accord ne pourra être concrètement discuté que lorsque le texte de plus de 1 200 pages aura été analysé. Bien que publié, une bonne analyse consistera à décortiquer chaque chapitre et paragraphe de ce texte. Il conviendra de saisir toutes les subtilités et prendre en considération tous les éléments techniques de l'accord. En l'espèce, ce n'est pas l'objet de notre propos.

Dès lors, ce propos vise à se focaliser sur de brèves réflexions, sans toutefois prétendre proposer une juste étude prospectiviste sur la future relation entre l'Union et le Royaume-Uni.

La première réflexion vise à rappeler le délai dans lequel cet accord a été conclu. Si les négociations ont semblé interminables, acter une séparation si technique pour parvenir à un accord de libre-échange dans ce délai relève de l'exploit, d'autant plus qu'aucun précédent (un État membre quittant l'Union européenne) n'existait en la matière. Dans les faits, deux victoires sont à noter. D'une part celle de l'accord lui-même et, d'autre part, celle du délai d'exécution. Néanmoins, encore beaucoup d'acteurs, à commencer par les entreprises, demeurent dans l'incertitude et dans l'attente de précisions concrètes de ce qu'il adviendra de leurs activités.

La deuxième réflexion consiste à soulever le comportement de l'Union européenne, dont les négociateurs ont su rester humbles, aborder la tâche avec pragmatisme et flegme, sans donner de leçons et en se mettant au travail rapidement. Il a été reproché à l'Union européenne, parfois à juste titre, son manque d'efficacité et sa lenteur d'exécution dans les crises. Désormais, l'Union européenne a prouvé qu'il était possible d'apporter des réponses concrètes dans les plus grandes crises internes (Brexit) et externes (crise pandémique). En somme, loin du délitement de l'Union, nous avons assisté à son unité et à sa fermeté. L'Union européenne, si elle a cédé du terrain sur des détails, a obtenu sur la forme l'accord qu'elle espérait.

La troisième réflexion porte sur les grandes lignes de cet accord. L'un des aspects les plus attendus de l'accord, à savoir l'accès aux eaux britanniques pour les pêcheurs, est désormais clair pour les prochaines années. En l'état, l'accord sécurise cinq ans et demi de prévisibilité pour les pêcheurs français. En outre, il en ressort que la concurrence restera équitable au sein du marché unique. Cet élément faisait l'objet d'un vif intérêt et d'une très grande attention des observateurs. Enfin, l'Union et le Royaume-Uni continueront à coopérer dans tous les domaines d'intérêt commun.

La quatrième et dernière réflexion de cette synthèse apporte des réponses à la question d'actualité : qu'est-ce qui va changer ? Assurément, on note le retour des contrôles aux frontières, la mise en place de frais d'itinérance et de formalités en douane. Les voyageurs, les agriculteurs et les entreprises subiront les nouvelles modalités aux frontières. De manière générale, le Royaume-Uni sera désormais moins attractif pour les investisseurs étrangers. Depuis quatre ans et demi, les responsables politiques conservateurs outre-Manche ont usé de démagogie sur les conséquences économiques du Brexit, en minimisant l'impact sur l'économie du pays et en focalisant l'attention sur la souveraineté du pays. Ces mêmes responsables seront face à leurs responsabilités lorsque les coûts économiques de cette séparation se feront ressentir, notamment après avoir négligé les secteurs des services financiers et de l'industrie automobile. Le Brexit rendra le Royaume-Uni moins compétitif. Par ailleurs, l'un des grands regrets vise le programme d'échange Erasmus, auquel le Royaume-Uni a choisi de ne pas participer.

La Royaume-Uni représente le premier excédent commercial de la France. Entretenir une bonne relation avec ce voisin est dans l'intérêt de la France et de l'Union. Qu'à cela ne tienne. Boris Johnson a déclaré que le Royaume-Uni travaillera en tant que partenaire proche de l'Union européenne sur les défis mondiaux. Une relation qui pourrait être perturbée par une frange des conservateurs britanniques, qui verront un intérêt politique à entrer en confrontation avec l'Union européenne. Ces conservateurs auront-ils un poids politique suffisant au point de créer une relation acrimonieuse ?