Amérique latine : retour du balancier politique
Cette nouvelle carte, produite par Nato Tardieu, directeur du département de cartographie de l'Iega, illustre le retour du balancier politique en Amérique latine dans un contexte de tensions régionales croissantes. Elle figurera dans notre ouvrage collectif à paraître en septembre prochain aux Éditions Ellipses.

Selon Nato Tardieu, le 3 janvier 2026, l'annonce par Washington de la capture de Nicolás Maduro a brutalement replacé la crise vénézuélienne au centre de l'actualité géopolitique mondiale. Déjà épicentre des tensions latino-américaines, le Venezuela entre dans une nouvelle phase, dépassant désormais le cadre national pour s'inscrire dans une rivalité régionale, voire globale. Cette crise n'est pas seulement électorale : elle est institutionnelle, sociale et territoriale. Le pays incarne un paradoxe politique. Symbole de résistance pour une partie des gauches latino-américaines, il est également devenu, pour les droites du continent, l'archétype de la dérive autoritaire du « socialisme du XXIe siècle ».
Le durcissement américain ne s'arrête pas au Venezuela. Le 9 janvier 2026, Donald Trump a publiquement menacé Cuba, sommant ses dirigeants de « faire un accord avant qu'il ne soit trop tard ». Une rhétorique qui s'est encore envenimée au printemps : le 16 avril, après une nouvelle salve de déclarations hostiles, Miguel Díaz-Canel a répondu en affirmant que l'île était prête à « faire face à toute agression américaine ».
Une crise majeure autour de Cuba pourrait renforcer la polarisation régionale et reconfigurer durablement les équilibres politiques sud-américains. L'île reste un symbole historique, un marqueur idéologique, une blessure ouverte dans les relations entre l'Amérique latine et les États-Unis. Une intervention – ou même la simple menace d'une intervention – aurait des répercussions bien au-delà de ses frontières. Elle pourrait produire un effet paradoxal, voire contradictoire. D'un côté, elle risquerait de ressouder les gauches latino-américaines, aujourd'hui fragmentées, autour d'un discours anti-impérialiste et souverainiste. De l'autre, elle pourrait renforcer les droites sécuritaires, prêtes à s'aligner sur Washington au nom de la « stabilité régionale ». Le résultat ne serait pas un simple basculement à gauche ou à droite, mais une polarisation accrue, où les positions modérées et centriste seraient marginalisées.
Les clivages ne porteraient plus seulement sur les politiques économiques ou sociales, mais sur des questions existentielles : la souveraineté, l'ordre international, la légitimité de l'intervention étrangère, et surtout, la place des États-Unis dans l'hémisphère.
