Afrique de l'Ouest et Maghreb : l'enracinement de l'instabilité
Cette nouvelle carte produite par Nato Tardieu, directeur du département cartographie de l'Iega, illustre l'enracinement de l'instabilité en Afrique de l'Ouest et au Maghreb. Elle figurera dans notre ouvrage collectif à paraître en septembre prochain aux Éditions Ellipses.

Dans un contexte où la région sahélienne traverse une zone de turbulences sans précédent, le discours du capitaine Ibrahim Traoré marque une rupture idéologique profonde : pour le leader burkinabé, la démocratie libérale est devenue un « luxe » inadapté à l'urgence vitale du Sahel, prônant une gouvernance de combat où la survie de l'État prime sur les processus électoraux. Cette vision irrigue désormais l'ensemble de l'Alliance des États du Sahel (AES), mais elle se heurte à une réalité de terrain de plus en plus complexe.
Selon Nato Tardieu, cette dynamique se structure autour de plusieurs axes critiques :
Tout d'abord, le basculement vers le Sud. Malgré la rhétorique de souveraineté, la carte montre une « descente » inexorable des groupes terroristes (GSIM et EIGS) vers les pays du golfe de Guinée. Le Bénin, le Togo et la Côte d'Ivoire sont devenus des fronts actifs où la pénétration djihadiste menace directement la stabilité des ports ouest-africains.
Ensuite, elle souligne le bilan mitigé de l'AES. Un an après sa consolidation, le pacte militaire entre Bamako, Ouagadougou et Niamey peine à démontrer son efficacité opérationnelle. L'échec relatif à freiner l'expansion des groupes armés dans la zone des « trois frontières » force les régimes en place à une fuite en avant tactique.
Enfin, la carte met en lumière, la « VDP-isation » du Niger. Face à l'insuffisance des armées régulières, le Niger emboîte le pas au modèle burkinabé. On observe la création de milices d'autodéfense citoyennes, calquées sur les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) du Burkina Faso. Cette militarisation de la société civile, si elle vise à combler un vide sécuritaire, comporte un risque majeur d'exacerbation des conflits communautaires (foulanis, touaregs, haoussas).
Les crises sahéliennes sont prises en étau entre les conflits régionaux (Libye, Soudan) et deux zones d'influence majeures. Au Sud, les pays littoraux ne voient plus le Sahel comme un lointain arrière-pays, mais comme une menace existentielle frappant désormais le nord de leurs territoires. Au Nord, le Maghreb affiche des réactions divergentes : l'Algérie, inquiète de la présence de mercenaires, redoute un effondrement des États voisins et un afflux massif de réfugiés, tandis que le Maroc mène une offensive diplomatique active pour renforcer ses liens avec le reste du continent.
Ces dynamiques soulignent la consolidation d'un arc d'instabilité durable entre Sahel, golfe de Guinée et Maghreb.
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